17.02.2006

Avant pendant et après Sangatte

Le centre de SANGATTE ouvert en 1999 et fermé prématurément le 5 Novembre 2002 alors que la date de Mars 2003 avait été retenue, a vu passer prés de 53 000 hommes femmes et enfants.

Dans les premiers temps le centre était très peu surveillé. Mais des travaux de sécurité entrepris sur les sites d’Eurotunnel, de la SNCF, du port de Calais ont rendu de plus en plus difficile et périlleux le passage vers l’Angleterre. La conséquence directe en a été l’augmentation de la durée de séjour des réfugiés ce qui a contribué à accroître la population du camp et la tension.
Le centre a été sécurisé et ce processus a attiré l’attention des villageois renforçant les rumeurs et les représentations négatives des habitants
Le phénomène de SANGATTE tient aussi à l’ampleur de la médiatisation dont il a fait l’objet. Le centre est devenu le symbole de l’existence de « camps » en Europe et de la transformation des politiques d’asile et d’immigration à l’échelle de la planète.

A la fermeture c’étaient 1500 personnes qui s’y trouvaient (la capacité était de 800 personnes).
Comme un coup de baguette magique, on a fermé SANGATTE et quid des migrants ? Ils n’existent plus, bien sur, puisqu’il n’y a plus de camp…Logique politicienne…
Mais qui sont alors ces centaines de réfugiés qui errent aujourd’hui dans l’ombre des rues de Calais.
D’où viennent-ils ?
Dans un premier temps c’étaient des Kosovars, puis des Irakiens, des Afghans, des Iraniens rejoints par des Africains du Congo, du Soudan, de la Somalie, d’Ethiopie, du Tchad… et d’ailleurs .
Que fuient-ils ?
Les horreurs : les génocides, la violence, les guerres, les bombes, les exterminations massives, avec un seul but : vivre en europe.
Beaucoup d’entre eux portent sur le corps les preuves des tortures subies, des balles reçues.

Après un long périple au bout duquel certains n’arrivent jamais, les plus chanceux échouent à Calais pensant avoir presque gagné l’Eldorado : l’Angleterre.
Ils ont traversé tant de pays, ont survécu à tant de dangers, eu faim, eu froid, le découragement les a si souvent gagné qu’arrivés à Calais ils pensent que le cauchemar est derrière eux.
La réalité les frappe de plein fouet.
La France berceau des droits de l’homme, la France les rejette, les renie, veut gommer leur existence, les emprisonne, les expulse même, vers le pays qu’ils ont du fuir où une mort certaine et programmée les attend.
Ils ont quitté leur pays, leur famille, leurs amis, leur culture tout ce qui était leur identité pour devenir des ombres.
Alors, ils se terrent dans les squats parmi les gravats, les immondices et les rats.
Pendant des jours, des semaines et pour beaucoup d’entre eux des mois, ces hommes, ces femmes, ces enfants survivent dans les rues, dorment dehors dans le froid, la pluie, mangent accroupis dans un terrain vague et le long d’un quai en plein vent.
Les conditions sanitaires sont déplorables : 1 douche au mieux tous les 15 jours.
Par conséquent, la moindre plaie dégénère (mal de dents qui se transforme en abcès et qui nécessite une hospitalisation), les épidémies de gale deviennent impossibles à enrayer, les membres sont tuméfiés par les entorses, les fractures nombreuses (chute des camions quand ils essaient de passer), les yeux sont brûlés par les gaz lacrymogènes, les pieds sont douloureux et meurtris par l’errance….
Au quotidien, ils sont traqués, humiliés, battus, gazés, envoyés dans des centres d’hébergement à des kilomètres de Calais, d’où ils s’échappent et reviennent à pied épuisés et affamés.

Le peu de biens qu’ils possèdent est détruit par des coups de pied rageurs : leurs vêtements et couvertures sont brûlés, leurs affaires personnelles, leurs « trésors » (photo de leur famille, bracelet de leur petite fille restée dans leur pays), sont broyés, les tapis de prière sont même jetés à l’eau…

Rien ne leur est épargné.

Et toujours cette question « Pourquoi la police ne nous aime pas ? Nous ne sommes pas des assassins, nous voulons seulement vivre en Europe….. ».